Mon père site APA, Françoise Lott - juin 2008

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Leïla Sebbar:Mon père, textes inédits recueillis par Leïla Sebbar, Montpellier, Éditions Chèvre-feuille étoilée, 2007, 348 p., ill.

Des femmes écrivains, 31 exactement, ont été invitées par Leïla Sebbar, auteur en particulier, parmi de nombreuses œuvres, de Je ne parle pas la langue de mon père (2003), et Mes Algéries en France (2004), à donner en un court récit le portrait de leur père. Toutes sont viscéralement liées au Maghreb : Tunisie, Maroc, Algérie surtout. Aucun texte qui ne porte la douleur du conflit entre l'Algérie et la France, aucun qui n'associe la patrie au père ; lien qui est d'autant plus douloureux que bien souvent la patrie est perdue et le père mort.

Si on donne au mot « tombeau » sa signification littéraire, ce recueil est bien un « tombeau » qui célèbre la place imminente du père, qu'il soit musulman, juif, chrétien, laïc. Si celui-ci peut être parfois despotique, il est celui le plus souvent qui a accordé « un soutien inébranlable » ou du moins donné à sa fille le sentiment d'être un être humain à part entière, dans des sociétés où c'est d'ordinaire le fils qui est privilégié. La voix du père s'est tue, disent-elles, mais le père, de son vivant déjà, était silencieux, mystérieux même : « La solitude de mon père est insondable », dit Annie Cohen, « Il était l'homme qui ne nous parlait pas », dit Tassadit Imache ; c'est encore celui dont on écoute le matin « une mélodie orientale chantonnée » dont on ne comprend pas les mots (Leïla Sebbar). Mais ces hommes qui ont souvent soupiré, pour détourner les questions : « c'est trop long. Trop long à dire, ma fille » (Zahia Rahmani), dont les filles ont hérité du tourment du déracinement, sont à la source de leur vocation et toutes, elles disent que l'écriture les a sauvées : « J'ai écrit. Les cris se sont tus » (Clémence Boulouque), « L'écriture, c'est mon sol » (Madeleine Laïk). Pour toutes, écrire, c'est rendre justice, se libérer, exister.

Ces récits sont ancrés dans une réalité historique et géographique, dans une recherche du salut ; nous sommes tous concernés. Et le lecteur que nous sommes, même s'il n'a pas, gravé dans sa chair et son cœur, la marque de tels évènements, est tenté de fermer le livre après chaque chapitre pour le reprendre un peu plus tard parce que, chaque fois, il se demande : « Et moi ? De mon père, qu'écrirais-je ? », parce qu'il sent qu'il n'y a pas d'autobiographie qui puisse contourner cette interrogation et que chercher à y répondre plonge dans une profonde rêverie.

Françoise Lott, juin 2008

{slider Entière de Marie-Noël Arras, Chronique de Djillali Bencheikh- Radio Orient 24 mai 2008}

Radio Orient : La réparation de l'excision par Djillali Bencheikh

Parmi les blessures aussi bien physiques que psychologiques subies par de nombreuses femmes à travers le monde l'excision représente encore un traumatisme trop souvent méconnu.

Le phénomène n'est pas limité aux lointaines contrées du Tiers Monde notamment africaines.

En France le problème pourrait concerner plus de soixante mille fillettes nous apprend Marie-Noël Arras dans son petit ouvrage au format mini guide de survie, publié aux Ed. Chèvre-feuille étoilée.

Le titre est à la hauteur de la problématique posée :

Entière ou La réparation de l'excision.

Car il s'agit bien là de réparer, de recoudre et surtout de reconstruire fibre après fibre les éléments d'un être déchiré mentalement et physiquement.

L'auteur fait d'ailleurs intervenir le docteur Pierre Foldes  qui dans sa préface parle d'écoute et de main tendue.

Après un long retour des pratiques à travers le temps et l'espace le praticien en arrive à la situation actuelle : L'excision et les mutilations sexuelles féminines perdurent  dans des niches ethniques et rejoignent les crimes non dénoncés comme le viol ou l'esclavage. Heureusement, nuance-t-il, depuis quelques décennies des prises de parole courageuses et des initiatives citoyennes ont commencé à faire émerger un mouvement de refus.

Le docteur cite l'exemple de femmes en Afrique sub-saharienne qui ont récemment désigné leur sexe mutilé et accepté de parler de leur souffrance.

Ces mutilations peuvent désormais être réparées : 2500 interventions ont été menées précise le docteur avec un taux de réussite de 80 pour cent. Le processus de récupération est mené grâce à un travail d'accompagnement sexologique.

L'excision touche environ 130 millions de femmes à travers le monde déplore Marie-Noël Arras qui publie les témoignages de personnes qu'elle a rencontrées.

Déplorer, dénoncer, oui mais il faut passer d'urgence au stade de la réparation. C'est là qu'elle découvre le livre chez Albin Michel du docteur Pierre Foldes.

Premier témoignage celui de Mahoua Kone. Devant les questions pressantes de Marie-Noël Arras qui touchent bien sûr au plus intime de l'écorchure elle hésite puis raconte le complot familial qui la fait se retrouver derrière un enclos en compagnie de plusieurs autres filles. Ce qu'elle regrette le plus c'est le comportement et la complicité passive de sa mère. Elle a participé à la conjuration sans la prévenir elle qui jusque là lui donnait de précieux conseils dans toutes les circonstances de la vie.

Et si, grâce à l'opération du docteur Foldes elle a récupéré son intégrité physique, elle n'a jamais pu dépasser cette trahison primale venue de la famille et surtout de celle qui incarne le lieu géométrique de la tendresse, la mère.

En fin d'ouvrage l'auteur propose un digest de ce que prévoient les lois en la matière et informe sur les hommes et les femmes qui sont à l'écoute des femmes mutilées. 

{slider Entière de Marie-Noël Arras, La Gazette - 8 mai 2008}

La Gazette- mercredi 8 mai 2008

Il  faut le dire haut et fort : on peut réparer l'excision, cette mutilation rituelle du clitoris encouragée par certaines cultures africaines. La Montpelliéraine Marie-Noël Arras fait le point sur la technique chirurgicale développée par l'urologue Pierre Foldes à St Germain-en-Laye. À travers des témoignages elle raconte le ressenti des femmes avant pendant et après l'opération. Le thème n'est pas anecdotique : l'excision, même si elle est interdite sur le territoire français, concerne 60 000 fillettes dans l'hexagone. Outre la région parisienne, les hôpitaux de Nantes, Angers, Marseille, Rouen et Poitiers sont en train de mettre en place  des unités d'intervention.  Entière ou La réparation de l'excision, Marie-Noël  Arras, 127p. 6€ Ed Chèvre-feuille étoilée