Filiations dangereuses de Karima Berger, L'Hérault du jour du 01/12/2007

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Les éditions montpelliéraines Chèvre feuille étoilée publient le troisième roman de Karima Berger : Filiations dangereuses.

Filiation, paternité, identité, langue, amour hors frontières... Le troisième livre de Karima Berger aborde la question de l'origine dans ce qu'elle peut avoir de vénéneux. Il y a dans Filiations dangereuses quelque chose de Laclos. Mais c'est aussi un roman de femme qui ouvre un champ poétique entre des mondes antagonistes.

Le récit conte la quête obstinée et obsédante d'un père perdu. Celui de Pierre, qui rencontre Nadj, une femme venue d'un monde dont il ignore tout. Pierre confie son destin dans l'espoir de trouver des bribes de révélation sur sa filiation, qu'il croit contenues dans le carnet de ce père présumé. Nadj entreprend la traduction du journal intime écrit en arabe. A travers la langue et l'histoire, se tisse une relation ambiguë entre les deux personnages. L'échange s'alourdit d'une dépendance insaisissable qui lie Nadj et Pierre à leur passé. L'attrait d'une possible délivrance prend le dessus sur les plaisirs de la chair. « Cette femme l'attire dans un gouffre très doux, très noir, silencieux, une forme d'éternité, il entre en elle plein de craintes, comme s'il forçait les portes d'un destin qui ne lui appartenait pas ». Nadj, la traductrice cultivée qui a échappé à la tradition en défiant l'autorité de son clan, entraînera l'homme nu de ses origines, « dépouillé de ses méconnaissances », sur la rive algérienne. En répondant à l'appel de Médéa, Pierre passe les frontières invisibles, « la traversée de la mer lui a lavé les yeux », et s'engage dans un voyage voluptueux qui se refermera comme un piège.

L'atmosphère oscille entre le velours charnel et sucré et la tension extrême des sens. Karima Berger nous entraîne dans un voyage qui taille au rasoir. Entre plaisir et cruauté, les réalités se superposent comme des couches de mémoire silencieuse. Un récit chargé d'émotion, d'une rare intensité.

Jean-Marie DINH
photo DR