REVUE DE PRESSE

Filiations dangereuses de Karima Berger, Prix Alain Fournier, Nlle république du Centre-Ouest

Nouvelle république du Centre-Ouest -Lundi 19 mai 2008 « Un aiguillon qui va me pousser à aller encore plus loin. » «  Je reviendrai. Il y a une fidélité qui s’est installée » En remettant le 23e pris Alain-Fournier, le jury a fait plus d’une heureuse. « Ce que je retiens c’est l’encouragement. L’impression qu’on me disait : «  Karima, il faut que tu y ailles. » Ca ne veut pas dire que je ne doute plus, mais qu’il me faut aller plus encore à l’écriture, y consacrer plus de temps... » Son histoire d’amour sur fond de quête du père entre France et Maghreb a séduit le jury. Et la « Rencontre de l’étranger » contée par Karima berger a charmé. «  Je suis née en Algérie et mes parents vivent toujours là-bas. Je suis en France depuis 1975 et cette double culture je ne la considère pas comme une difficulté mais comme une richesse. Ce livre c’est aussi un peu mon histoire personnelle car même quand j’étais là-bas, j’avais déjà le sentiment d’être mariée aussi à un monde extérieur. »La littérature n’a fait qu’ouvrir un peu plus cette grille vers le monde extérieur et attiser la curiosité de Karima pour « l’étranger »comme Le Grand Meaulnes avait ouvert les portes du Berry, alors qu’elle le lisait sous le Soleil et les palmiers. «  C’est Alain Fournier le premier, qui a ouvert ses portes de l’imaginaire du Berry. Quand je lisais, je devais imaginer ce territoire que je ne connaissais pas. Mon livre s’appelle Filiations dangereuses et avec ce prix et la cérémonie de samedi soir, j’ai l’impression que cette filiation avec Alain-Fournier et mon travail mon ouverture s’est amplifiée » Pour la petite maison d’édition héraultaise Chèvre-feuille étoilée née en Janvier 2000 et centrée sur les auteures méditerranéennes, ce prix est aussi un formidable espoir. C’est un grand encouragement, expliquait sa directrice Behja Traversac. Et cela veut dire aussi qu’on peut publier des œuvres sur la fraternité et la relation avec l’autre et avec l’étranger. » Karima Beger a fini sa soirée samedi à l’école du Grand-Meaulnes à Epineuil

 

El Watan - février 2015

Dans El Wattan du 2 février 2015, rubrique Arts et Lettres, Le journaliste Slimane Aït Sidhoum rappelle fort opportunément une des pages de l’Histoire hispano-algérienne du XXe siècle peu connue. Et il le fait au travers de livres qui révèlent ce que l’on sait finalement si peu, dont celui de Rosa Cortès « La petite fille sous le platane » paru en librairie en janvier 2015 dans nos éditions.

Biblioblog

Rien sur ma mère - Christine Détrez

Autant le dire tout de suite, j'ai été charmée par l'écriture de Christine Détrez. Ce Rien sur ma mère raconte la difficulté de « faire des branches quand on n'a pas eu de racines », avec beaucoup de pudeur et d'intelligence.
Lise,la narratrice, vient de donner naissance à une petite Elsa. Mais ce quipourrait être simple pour tant d'autres, est tout sauf évident pourelle. Alors Lise se confie à Elsa : elle lui raconte ses doutes, sesinterrogations, ses peurs, et sa mère... du moins ce qu'elle en sait.

Lise a perdu sa mère très jeune. Perdue, oubliée, disparue, effacée,cette mère qui lui a donné la vie et qui est partie trop tôt; tellementtôt que Lise n'ayant pas eu le temps de se forger de souvenirs, ne peutque se raccrocher à la mémoire des autres. Mais autour d'elle, tous setaisent, son père en particulier qui ne dira jamais un mot sur lescirconstances de la mort ; mêmes les albums photos ne portent pas tracedu passage de sa mère qui était derrière l'objectif. Alors Lise granditsans poser de questions, malgré l'absence et le vide qui l'envahissentpeu à peu.

Mon père site APA, Françoise Lott - juin 2008

Leïla Sebbar:Mon père, textes inédits recueillis par Leïla Sebbar, Montpellier, Éditions Chèvre-feuille étoilée, 2007, 348 p., ill.

Des femmes écrivains, 31 exactement, ont été invitées par Leïla Sebbar, auteur en particulier, parmi de nombreuses œuvres, de Je ne parle pas la langue de mon père (2003), et Mes Algéries en France (2004), à donner en un court récit le portrait de leur père. Toutes sont viscéralement liées au Maghreb : Tunisie, Maroc, Algérie surtout. Aucun texte qui ne porte la douleur du conflit entre l'Algérie et la France, aucun qui n'associe la patrie au père ; lien qui est d'autant plus douloureux que bien souvent la patrie est perdue et le père mort.

Filiations dangereuses de Karima Berger, Prix Alain Fournier, Berry républicain

Berry républicain - Lundi 19 mai 2008-05-19

Karima Berger, lauréate du vingt-troisième prix Alain-Fournier

SENSIBILITE. Karima Berger a dit de belles choses sur Alain Fournier.

«  Cette présence de l'étranger en nous et dans la société, cette ouverture vers l'ailleurs, c'est mon filon, c'est mon or à moi » a défini, avec un grand sens de l'à propos Karima Berger, samedi soir à la Cité de l'or.

En recevant le vingt troisième prix Alain-Fournier des mains du marie Thierry Vinçon, la lauréate a évoqué sa « découverte d'Alain Fournier, adolescente en Algérie. Les verts paysages du Berry (me) semblaient irréels » Filiations dangereuses c'est une double quête obstinée du père et des racines. De part et d'autres de la Méditerranée. Philippe Albou, secrétaire général du prix Alain Fournier, a donné une idée de la subtile écriture de la lauréate en en lisant un passage. Thierry Vinçon s'est plu à souligner la portée géopolitique d'un  tel roman, qui est bien de son temps : « Celui du dialogue méditerranéen. Beaucoup de classe, chez Karima Berger, à l'heure des remerciements. Elle travaille dans une tour de la défense « Mais ça ne m'inspire pas » a-t-elle confié avec humour.

Le vertige du silence de Véronick Bournel, St Maur magazine, le 12 /11/07

Rarement à St Maur, nous avons eu l'occasion de vous parler d'un livre tiré d'un vécu. L'auteur n'a pas hésité à raconter cette traversée que fut le parcours de sa maladie jusqu'à la guérison. Poèmes et proses alternent avec des photos qu'elle a prises il ya longtemps. Elle n'a pas hésité non plus à se mettre en scène pour retrouver les différents stades de sa maladie. C'est alors que le photographe Pascal Revellin s'est fait complice afin de renouer avec justesse avec la vérité de l'auteur. Véronick Bournel ne triche pas avec les mots. C'est à la fois sans voyeurisme et sans tabou qu'elle exprime les phases psychologiques qui ont mis à nu sa sincérité et ce don aussi pour la profondeur de l'introspection. Un livre entre témoignage et descente au fond de soi. Dans chaque texte l'on devine comme une pureté intouchable encore plus subtile que l'espoir. C'est très beau parce que sincère et dérangeant. Un livre rare qui nous intériorise et nous invite à nous regarder tel que nous sommes dans le miroir de cet intime que l'on veut éviter trop souvent comme si l'on avait peur d'une confrontation. Et puis il y a cette maladie que l'auteur ne nomme pas et qui fait partie de nos peurs collectives. Voilà pourquoi ce livre est si beau, l'auteur a su intuitivement lier le texte à des photos qui, à elles seules, valent l'achat du livre. Quant aux textes, ils sont d'une rare intensité et permettent à chacun de puiser en fonction de son vécu et même (et c'est là le tour de force) de ce qu'il n'a pas vécu.

Filiations dangereuses de Karima Berger, L'Hérault du jour du 01/12/2007

Les éditions montpelliéraines Chèvre feuille étoilée publient le troisième roman de Karima Berger : Filiations dangereuses.

Filiation, paternité, identité, langue, amour hors frontières... Le troisième livre de Karima Berger aborde la question de l'origine dans ce qu'elle peut avoir de vénéneux. Il y a dans Filiations dangereuses quelque chose de Laclos. Mais c'est aussi un roman de femme qui ouvre un champ poétique entre des mondes antagonistes.

Le récit conte la quête obstinée et obsédante d'un père perdu. Celui de Pierre, qui rencontre Nadj, une femme venue d'un monde dont il ignore tout. Pierre confie son destin dans l'espoir de trouver des bribes de révélation sur sa filiation, qu'il croit contenues dans le carnet de ce père présumé. Nadj entreprend la traduction du journal intime écrit en arabe. A travers la langue et l'histoire, se tisse une relation ambiguë entre les deux personnages. L'échange s'alourdit d'une dépendance insaisissable qui lie Nadj et Pierre à leur passé. L'attrait d'une possible délivrance prend le dessus sur les plaisirs de la chair. « Cette femme l'attire dans un gouffre très doux, très noir, silencieux, une forme d'éternité, il entre en elle plein de craintes, comme s'il forçait les portes d'un destin qui ne lui appartenait pas ». Nadj, la traductrice cultivée qui a échappé à la tradition en défiant l'autorité de son clan, entraînera l'homme nu de ses origines, « dépouillé de ses méconnaissances », sur la rive algérienne. En répondant à l'appel de Médéa, Pierre passe les frontières invisibles, « la traversée de la mer lui a lavé les yeux », et s'engage dans un voyage voluptueux qui se refermera comme un piège.

L'atmosphère oscille entre le velours charnel et sucré et la tension extrême des sens. Karima Berger nous entraîne dans un voyage qui taille au rasoir. Entre plaisir et cruauté, les réalités se superposent comme des couches de mémoire silencieuse. Un récit chargé d'émotion, d'une rare intensité.

Jean-Marie DINH
photo DR

Filiations dangereuses de Karima Berger, par Annie Forest-Abou Mansour mars 2008

Filiations dangereuses de Karima Berger donne à lire une mise en abyme familiale où trois «je » s'expriment : ceux de Pierre, de Mahmoud et de Driss. Le lecteur ne sait pas d'emblée qui parle dans cette quête répétée du père, des origines, du nom - concrétion de l'essence - et de soi-même. Le même scénario se renouvelle et s'inverse allant d'échecs paternels répétés en rencontres impossibles entre un père et son fils. Mahmoud « dispar(aît) un jour, sans prévenir » pour « retrouver les siens au Maroc », laissant Martine seule avec son « rêve éveillé qu'elle veut poursuivre alors même qu'elle s'est éveillée depuis longtemps ». Pierre s'embarque vers le Sud avec Nadjîa, femme d'un ailleurs méditerranéen, qui lui « ouvre les portes d'un monde inconnu » et lui rappelle ce père, lui aussi, inconnu et rêvé. Driss, « enfant étrange, ni d'ici ni de là, qui n'(est) pas un parfait Arabe mais qui parl(e) un arabe parfait » remonte vers le Nord avec Susan, la Londonienne. L'image de la spirale et de l'enfermement s'impose d'emblée et entraîne le lecteur dans un vertige sans fin. Le temps devient cyclique : un enfant naît et grandit sans père. Puis tout recommence. On est dans le cercle infernal de l'enfermement, de la répétition.

Les points de jonction entre Pierre, Mahmoud et Driss sont la langue et la femme : la langue arabe du carnet, investi d'une immense valeur - ce carnet, susceptible de révéler l'identité et dont la traduction est promesse de vérité -, puis celle de Nadjîa, la traductrice ; la prononciation pleine de volupté de Martine et celle très douce de Susan. La connaissance de la langue est le premier pont entre deux civilisations permettant d'entrer dans le monde magique et secret de l'autre : « elle ne connaissait pas son pays mais elle savait dire son nom, elle avait compris que c'était aussi efficace qu'occuper un territoire ».

Avec la langue, la femme permet l'entrée, mais pas l'intégration totale, dans un monde autre, aux moeurs et aux coutumes différentes. Emmené avec Pierre à Médéa, le lecteur assiste alors à la confrontation de deux cultures. Pierre essaie de retrouver et d'assumer son identité mutilée en adoptant une autre religion. Mais il reste le « roumi » pour la famille de Nadjîa, la femme libre et forte. Karima Berger dévoile alors les non-dits, tout ce qui est caché au monde occidental : le refus d'un mari chrétien, l'hypocrisie des virginités refaites, « les saintes nitouches qui vous enveloppent de leur sensualité »... Puis l'apparente harmonie vole en éclat avec la circoncision imposée à Driss, ce lien mystique entre les êtres : « acte sauvage et pur, grégaire, accompli par tous, un acte qui exige de meurtrir pour mieux sceller la communauté, de saigner pour mieux témoigner de sa vitalité et assurer la survie de la horde ». C'est l'élément catalyseur : furieux, Pierre dont « le bonheur (est) fauché d'un coup, par une lame froide et haineuse » s'enfuit, abandonnant à son tour la femme aimée et l'enfant, « lui qui a rêvé de père, voilà qu'on lui vole son fils, à son tour, il ne sera pas père ». La boucle est bouclée.
Avec une grande maîtrise et une écriture mêlant violence et douceur, réalisme et poésie, Karima Berger conduit le lecteur dans les méandres d'un discours multiple, à la fois témoignage sociologique et objet littéraire.

Annie Forest-Abou Mansour (mars 2008)

« Amours rebelles » de Behja Traversac, quotidien algérien Horizons 2007

«AMOURS REBELLES» DE BEHJA TRAVERSAC

Le mariage interculturel ou le déni familial Fruit de rencontres avec d'autres femmes comme elle ayant contracté un mariage avec un non-musulman, l'essai de Behja Traversac «Amours rebelles» apporte un regard nouveau sur celles qui ont par amour choisi de casser les tabous. L'ouvrage se veut la voix féminine de personnes qui ont bravé autant le refus des familles respectives que le déni de la société ancrée dans le conservatisme religieux. Ce sont quatorze femmes dont le parcours de vie a fini par se croiser dans le livre «Amours rebelles». Les mariages interculturels, pour ne pas dire mixtes ont généré des fractures familiales, et avec tout ce qui véhicule le passé et les souvenirs.