Filiations dangereuses

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Filiations dangereuses

Prix Alain-Fournier 2008

Filiation, paternité, identités, amour hors frontières, une énigme à plusieurs entrées.  Ce livre nous concerne tous par son exigence de vérité, par sa portée  symbolique et par l'actualité de ses thèmes.

Deux images se superposent dans ce livre. Deux figures d'hommes aux destins semblables et différents, unis par les liens du sang, par la quête des traces de l'origine, la quête obstinée, obsédante, du père.

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De ces deux personnages complexes, c'est Pierre qui gardera jusqu'à la fin sa douleur: l'interrogation sans réponse sur la perte qui marqua sa naissance et sa propre paternité. Sa tentative désespérée de trouver des bribes de révélations sur sa filiation, qu'il croit contenues dans le carnet d'un père présumé et étranger, lui permet de rencontrer Nadj, une femme venue d'un monde dont il ignore tout.

 

L'amour partagé avec elle le transporte dans un autre univers dont il sortira meurtri. L'accueil qui lui est fait par la société de Médéa en Algérie n'atténuera pas les distances avec ce que Karima Berger appelle « la horde ». Même si ... au fond c'est lui qui est vraiment attendu, lui l'étranger, le roumi, le chrétien que Nadj, femme libre a osé inviter dans le fief familial. Un privilège exorbitant que personne ne lui a accordé mais qu'elle s'est accordé seule, privilège au-delà de ce que pouvait supporter la loi atavique et meurtrière du groupe.

Ce livre est d'une grande puissance narrative ; son style, très charnel, ne fait aucune concession à la facilité ; le corps à corps qu'il entretient avec les forteresses des interdits se livre au lecteur avec des mots qui jamais ne cèdent de leur force.

Un style à la fois âpre et doux où folie, amour et deuils n'en finissent pas de dériver au fil de l'imaginaire et du réel, mais aussi et surtout de la mémoire que l'auteure nous confie dans ce superbe roman.

 

Détails

 

Prix : 15 € TTC

2007 -  240 pages

ISBN : 978-2-914467-42-1 

 

 

Version téléchargeable format PDF

Prix : 6 € TTC

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Prix Alain-Fournier 2008

Prix Alain-Fournier 2008

Le Prix Alain-Fournier, fondé en 1986, est remis chaque année par la Ville de Saint-Amand-Montrond, en vue de rendre hommage à l'auteur du « Grand Meaulnes » et de récompenser « un romancier méritant d'être encouragée dans le déroulement de sa carrière littéraire. » Les romans retenus sont des premiers, seconds ou troisièmes romans, parus dans l'année civile.

Ce prix a été attribué à des écrivains tels que : Pierre Bergounioux  Ce pas et le suivant, Gallimard ; Philippe Delerm,  Autumn, Le Rocher ; Amélie Nothomb,  Hygiène de l'assassin, Albin Michel ; Régine DetambelLe long séjour, Julliard...

Les anciens lauréats deviennent « membres de droit du Jury ».

Quatrième

“ La chair a dans ce pays une ampleur démesurée, alourdie par les échos bruissants des frères, des sœurs et des interdits qui rôdent autour de la grande cour, ouverte sur des seuils ardents… Pierre se dit qu'il n'a pas connu le quart de la volupté qu'il est en train d'éprouver, cette tension extrême des sens que je connais moi, car je sais, oui, je sais cette atmosphère dans laquelle baigna mon enfance, cette sensation d'irritation permanente que mon corps – tout entier sexuel à force d'érotismes –  subissait comme ces femmes me caressant… ravivant en moi la lame froide qui trancha net le lien avec Pierre, mon père. ”

Karima BERGER signe ici son troisième roman après L'enfant des deux mondes, L'Aube, 1998 (Prix du Festival du Premier Roman) et La chair et le rôdeur, L'Aube, 2002.

Née à Ténès, en Algérie, elle vit en France depuis 1975. C’est dans le face à face des cultures arabe et française de son enfance, dans une découverte de l'Autre toujours renouvelée, dans cette confrontation vivante des langues, des corps et des croyances qu'elle puise l'essentiel de sa quête poursuivie dans ce troisième roman.

Extrait

Pas de nouvelles de la traductrice ; il revient au bureau de la mairie, il discute, elle refuse, il revient encore, plusieurs fois, il se sent presque bien dans ce lieu à attendre son apparition, à se laisser dévisager par les jeunes femmes ou celles d’âge plus mûr, à s’établir dans l’humeur de ces langues et de leurs bruissements, celles des Africains qui glissent sur une trame de sons mouillés ou celles perçantes et rauques des Asiatiques, mais c’est la langue des Arabes surtout qu’il écoute le plus. Il veut leur faire voir le carnet, peut-être peuvent-ils le lui traduire, mais il ne sait pas qu’ils ne lisent pas leur langue, et puis non, il ne va pas rater pas cette occasion de la revoir, celle-là qui se tient derrière la porte, il renoncerait à tout pour la joie de retrouver ou répéter ou revivre l’instant de cette porte qu’il ouvre, revoir la tresse noir corbeau barrer la couleur rose ou bleue ou verte de son corsage, et ce geste que lui-même mime à présent, comme une intention qui incline le corps et qu’il répète en pensée jusqu’à la perfection. Il est revenu plusieurs fois jusqu’à ce qu’elle accepte enfin. Un soir il s’est retrouvé seul, il a frappé à la porte de son bureau, c’était comme si elle l’attendait : une rougeur parcourt son visage, elle lisse son front, remet en place sa natte, se lève pour l’accueillir, et encore ce geste – venu d’où ? s’avançant vers lui comme si elle recevait un prince. « Moi, un prince », se dit Pierre, « le prince Pierre Grumbach ». Il sourit. Il n’avait rien de plus à lui dire sinon qu’il tenait à cette traduction comme à la prunelle de ses yeux, « ou à la vôtre » avait-il osé. Elle fit mine de ne pas entendre, « C’est d’accord… mais alors ce sera dans un cadre tout à fait privé ». Ils devraient se mettre au travail (il s’étonna de ce mot « travail », il ne savait pas trop ce que cela signifiait), elle traduirait et lui prendrait des notes : « On est dans le cadre du bénévolat… vous comprenez… »
« Moi, prendre des notes… ? » Pierre fit mine d’acquiescer, j’imagine sa confusion…
 « À la bonne heure ! » Dans un cadre tout à fait privé, répète-t-il en souriant, en tournant et retournant cette fois cette autre carte de visite sur laquelle il peut lire :

Nadjîa Rahmane
Traducteur-Interprète
Arabe, Anglais, Espagnol, Français
6, Rue Hautefeuille, Paris 6ème


Au verso, il y a la traduction arabe ; il se dit que c’est un signe. Il glisse la carte dans le carnet, tout contre celle de Mahmoud Alaoui (elles ont le même format). Il pense à Casablanca-Maison-Blanche, la première traduction qui lui fut livrée – mais par qui déjà ?
Mâm (je l’appelle Mâm mais je l’appelle aussi Nadj) se souvient encore de ce jour d’avril 1974. Deux fois par semaine, elle venait dans ce bureau de mairie pour aider les immigrés à la recherche d’assistance et de papiers, pauvres hères avalés par la grisaille, déjà fatigués alors qu’ils arrivaient à peine. À la porte de son bureau cette fois, voilà que sur elle se tenait ferme le regard d’un étranger, pas comme les autres. Elle le reconnut, elle qui n’avait jamais aimé, même pas ce cousin qu’elle voulait oublier, un presque frère, un lamentable échec tant elle comprit que l’amour des cousins, s’il naissait comme un suc laiteux dans les jeux de l’enfance pouvait virer au poison. Cette histoire avait été pitoyable, corrompue d’avance par les liens du sang, ces anges noirs que soutiennent les familles de leurs espoirs et Mâm, comme d’autres, fut piégée, elle aussi ; l’homme était médecin, il avait fait ses études en Europe (pour les jeunes filles de là-bas, l’Europe c’était une garantie, on en revenait forcément l’esprit émancipé), et ce mariage, lui avait-on dit, renforcerait l’alliance entre les deux grandes familles de la ville. Tout était réuni pour le bonheur de la communauté mais pour Nadj, ce fut l’enfer ; quelques semaines avant la célébration, elle renonça. Ce fut un scandale, on ne le lui pardonna jamais.

Sommaire

  • 1. Les passeurs
  • 2. Intelligences avec l'étranger
  • 3. Reconnaissance chez l'ennemi
  • 4. Le signe de la horde
  • 5. L'héritier

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