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Revue N° 53-54 Nos maisons

Publié dans REVUE TRIMESTRIELLE

Revue N° 53-54 Nos maisonsQui n’a rêvé de maisons fraîches au cœur de l’été, de maisons refuges au seuil des crépuscules de l’hiver, où des gens, des langues, des histoires viennent se rencontrer et se reposer ?

Nous avons rêvé de ce rêve. Nous avons rêvé de l’offrir et de l’accueillir dans ces pages.

Si ce numéro évoque parfois la fragilité des maisons soumises à la brutalité des guerres et aux violences intérieures, il raconte surtout des maisons lumière, des maisons aimantes, amantes, portées par l’amour, la ténacité, le génie, l’imagination… la mémoire.

Les maisons demeurent comme le rappelle Marie Malaspina Ces Etapes sur nos chemins, [qui] valent pour ce qu’elles contiennent de rêves et de liens.

Présentée par Annemarie Brenner, Sophie Ginoux a consacré, une série de gravures à ce thème. Celle de la couverture résonne de cette phrase de Leïla Sebbar : une maison c’est une femme. Chaque femme est une maison, sa maison qu’elle fabrique comme elle se fabrique un corps…

Dans ce numéro nous rendons hommage aux mémoires de Pierre Chaulet et de Mohamed Dib.

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Détails

32 pages d'illustrations couleurs
mars 2013 - 312 pages

978-2-36795-041-9
15,00 €


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edito

 Qui n’a rêvé de maisons fraîches au cœur de l’été, de maisons refuges au seuil des crépuscules de l’hiver, de maisons où fleurent bon des saisons prometteuses, où aucune attente n’est vaine, où des gens, des langues, des histoires viennent se rencontrer et se reposer ? Qui n’a rêvé de maisons où éclatent les feux du matin et étincelle l’or du soir ?

Nous avons rêvé de ce rêve. Nous avons rêvé de l’offrir et de l’accueillir dans ces pages. Nous ne sommes pas déçues par le résultat. Nous ne nous sommes pas trompées de thème. Il rayonne superbement des couleurs et de la lumière des gravures de Sophie Ginoux.

Nous avons rêvé qu’il devrait être possible que chaque être sur terre sache, à la fin du jour, qu’un petit point dans l’immensité du monde peut l’accueillir et l’abriter. Que ce petit point serait cette demeure rassurante où s’égrèneraient des mots, des bruits, de lui seul connus, où flotteraient des arômes familiers, des souvenirs, des secrets, des amours. Une demeure close sur les âmes complices de ses habitants, protégés des menaces du dehors. Un cœur dedans. Une île où poser sa vie.

 Des maisons corps, des corps de pierre qui enveloppent nos corps de chair, nos pensées, émotions, naissances, deuils… Les mots du monde ne suffiraient pas à parler de ce qu’ont vu, entendu nos maisons. Les mots du monde habitent nos voix et nos mains et nos yeux, mais ils restent cloîtrés dans l’abstraction. Alors qu’Une maison, c’est une femme. Chaque femme est une maison, sa maison qu’elle fabrique comme elle se fabrique un corps, son corps, ses gestes, amour, pouvoir, violence dit Leïla Sebbar.

Pouvoir, violence dit Leïla. Et Valéry Meynadier, une rêveuse éveillée, raconte en écho un désastre obscur 

 On n’a jamais le droit d’emporter quoi que ce soit, à la rigueur nos vies et pas tout le temps. Et si on nous accorde quelques minutes, on emporte les diplômes scolaires des enfants... Une fois la zone occupée, l’armée a dynamité un immeuble de trois étages, lequel s’est effondré sur les maisons voisines, l’enterrement a commencé.

Eh oui ! La maison peut être aussi un abri dérisoire soumis à la brutalité des guerres, à la cruauté entre ses murs, aux départs imposés, parfois sans retour,  symbole brûlant de l’arrachement. Une dépossession glacée de ce que l’on a construit jour après jour, Une œuvre faite de ses mains […] Il a tellement désiré cette maison. Dix ans. Dix ans à attendre un terrain avant de poser la première pierre. […] La retrouver… comme on retrouve un être humain, un être aimé. Ces phrases extraites du texte poignant de Marie-Noël Arras, rappelle aux exilés que nous sommes, l’irréfragable souffrance de quitter – pas seulement les pierres, posées, assemblées, testées, peintes, décorées, caressées… aimées, on peut aussi aimer la pierre – les centaines de milliers d’heures de la vie qu’elles ont contenues. Une incandescence du corps et de l’âme.

Ne savoir que dire, ne savoir que faire, face à la séparation. Seulement la certitude lancinante que cela arrivera et que ces pierres et ces centaines de milliers d’heures de joies ineffables ont existé. Une empreinte indicible, une saignée sur la terre, une étoile qui se souvient au dessus du gris silence que laissent derrière eux ceux qui sont partis. Je n’ai plus d’âge, plus de nom – on me les a dérobés, j’étais encore un enfant écrit Françoise Renaud dans un texte bouleversant.

Et puis, et puis, le mot « maison » est un mot nomade. Féminin ou masculin selon la langue, lieu d’amour ou lieu de haine, lieu de paix ou lieu de châtiment… Il peut réunir, agglomérer, distinguer, désigner, classer… en somme, séparer : château, résidence, immeuble, appartement, villa, pavillon, barre (quelle étrange désignation !) logement social… ailleurs il y a les gourbis, les favellas, les bidonvilles… Toutes ces catégories d’habitations indiquent des catégories d’humains ou plutôt de classes : les classes supérieures, les classes moyennes… les classes semi–moyennes, les sans classe… et également les sans maisons qu’on appelle les SDF : sans domicile fixe. Pourquoi fixe ? Existe-t-il des domiciles portables comme nos ordinateurs ou nos téléphones ? Sans domicile, sans toit, sans maison, oui, ça suffit bien à indiquer l’errance, le dénuement, le rejet, le mépris, l’indignité, le déchirement, la peur… Oh ! Désespérance !

 Nous parlons dans ce numéro des maisons que nous avons habitées, que nos parents, grands‑parents, ont habitées, en permanence ou temporairement, mais il y a tant d’autres lieux qu’on nomme maison. Festifs, pédagogiques, de l’art… Il y a même des lieux de relégation qu’on nomme maison. « Maison d’arrêt », « Maison close », et j’ose… « Maison de retraite ». Enfermement, isolement. Une manière extravagante de nommer une maison. La maison soleil devient maison de l’ombre, de l’exclusion, de la frontière. On y punit des gens, on y marchande des corps, on y met à l’écart… ou on y abandonne même parfois… L’extravagance est humaine, absurde et, parfois nécessaire ?

 Mais rassurez-vous lecteurs, ce numéro parle beaucoup et surtout des maisons lumière, des maisons aimantes, amantes, des maisons d’enfance aux odeurs encore tenaces d’encre et de craie, de roses et de lavande, au bord des rivières ou sur les monts, portées par l’amour, la ténacité, le génie, l’imagination, comme celle de Marie-Noël que je citais et celle qu’Olga Valparaiso nous décrit avec passion :

Nous vivons désormais au rythme de cette demeure que nous avons fait renaître et qui nous a, elle aussi, donné une seconde jeunesse. Même si comme nous, elle prend aujourd’hui quelques rides, elles lui vont bien et elles témoignent sans doute des traces que nos mains y ont laissées.

 Et je ne peux m’empêcher de citer Marie Malaspina qui finit si justement son très beau texte par ces mots :

 Etapes sur nos chemins, les maisons valent pour ce qu’elles contiennent de rêves et de liens. Elles sont l’accueil de l’ancien et du nouveau : la paix retrouvée après toutes les guerres. Elles demeurent et nous mettent à l’abri de notre fin. D’autres y logeront leurs bruits et leurs mouvements dans un ballet inédit que nous ne verrons pas…

Sommaire

SOMMAIRE REVUE 53-54

Nos maisons

Edito Behja Traversac

Hommage à Pierre Chaulet

À l'encontre d'une communauté.

Pour une nation multicommunautaire - Pierre Chaulet et l'Algérie Christiane Chaulet–Achour

Hommage à Mohammed Dib

Textes inédits, hommage réalisé grâce à Colette et Assia Dib

Une artiste à Etoiles d’encre : Sophie Ginoux

Présentée par Anne-Marie Brenner

Forum

Par le trou de la serrure Nic Sirkis

Variations

Une femme dans sa maison Leïla Sebbar

Insomnie de pentecôte Rose-Marie Naime

La maison de l’autre côté de la mer Marie-Noël Arras

Le retour Hélène Vidal

Demeurer Rose-Marie Naime

Intérieur nuit Nathalie Saulnier

La mère d’Huguette Valéry Meynadier

L’observatoire Thérèse–Françoise Crassous

La maison dans la citadelle assiégée Claude Saint-Fort

La vieille cheminée Anne Guerber

Porte, ouvre-toi ! Norlane Deliz

Le petit diamant rose Régine Seidel Nobécourt

Maisons Frédérique Planet

La maison mère Rosa Cortes

Esprit des lieux Françoise Renaud

Un bonheur invisible Sylvie Gendron

La licorne Marie Malaspina

Faire jour / Faire chemin Bronwyn Louw

Poussez la porte du jardin Rose-Marie Naime

Il l’appelait sa femme-renard… Corine Pourtau

Antoine et Gisèle Nicole Buresi

La case de Marylise Payet Julie Legrand

Crépuscule Rose-Marie Naime

Le sommeil est mort Valéry Meynadier

La maison Hélène Pradas-Billaud

À la source de l’autre Joëlle Naïm

En mémoire…  Jocelyne Carmichaël

Mémoire et Histoire

Au diapason de La Maison Olga Valparaiso

“Aquí tienes tu casa ! ” Aldona Januszewski

Deux mètres linéaires manquants Sylvette Dupuy

Nos maisons Geneviève David

Vacuité Brigitte Prados

Les ailes silencieuses Anne Guerber

La passerelle Nicole Buresi

L’empreinte du printemps en Languedoc Brigitte Pelat

Maisons algériennes, proches et lointaines Elisabeth Trouche

C’est une maison verte Olivia Villon

La pépinière Dalila Abidi

Le cœur devant Evelyne Trouillot

La clé sous la porte

Destination Australie (2ème partie) Geneviève Briot

Aller- retour Anne-Marie Alazard

Gaïa Brigitte Pellat

D’un art l’autre

« Mundos virtuales » ou La peinture dématérialisée

 de Silvia Velázquez Marie-Lydie Joffre

Varia Aldona Januszewski

Presqu’île de Quiberon Élisabeth Leroy Viviane

À livres ouverts

Notes de lectures et parutions

Jamal T., Nic Sirkis, Morgane Ghillem, Dominique Godfard

Partages

Festival « Les nuits d’Orient » à Dijon Dalila Abidi

Un curieux intérieur Manon Lion

Comme un poisson dans l’eau Antoine Bedin

Appartement mystère Léa Legras

Solennité Françoise Trichet (suite)

La mare aux canards, Là-bas, Guérande, Notre onde est calme et bleue comme les draps de l’amour

©Œuvres gravées de Sophie Ginoux

©Encres et sculptures de Marie-Lydie Joffre,

http://www.marielydiejoffre.com/

Photos coll. privées des auteures.