LA REVUE

Revue Nº41-42 Célébration

Publié dans REVUE TRIMESTRIELLE

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Revue 42-44

Célébration

mars 2010

 

Revue toute en couleur

avec les peintures de Najia Mehadji

 

C’est en novembre 1999 que quatre femmes des deux rives ont lancé l’idée folle de créer une maison d'édition.

C’est le 18 janvier 2000 qu’elles l’ont réalisée. 

Cela fait donc dix ans de folie. 

Dix ans d'enthousiasmes, de déceptions, de renouveau, de découvertes.


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Dix ans de constance dans l'effort et l'entêtement. Malgré les obstacles nombreux et toujours surmontés. Dix ans de mots partagés. Dix ans de rencontres. Dix ans d'effervescence. Dix ans d'amitié. Et voici Etoiles d’Encre sous le sceau de ces dix ans d'aventure qui ont mené à ce numéro. Celui de la maturité et peut-être celui de… l’excellence.

 Dossier Najia Mehadji

Depuis sa naissance, chaque numéro d’étoiles d’encre est illustré par une artiste, peintre ou photographe. Pour célébrer cet anniversaire, nous voulions symboliquement une femme des deux rives et nous rêvions d’une peintre reconnue. À l’exposition elles@centrepompidou, nous en avons découvert quelques unes.
Peggy Inès Sultan , qui participe activement à cette revue depuis son entrée dans la carte blanche de Karima Berger, connaissait l’une d’entre elles et c’est grâce à cette amitié de longue date, qu’elle nous ouvre les portes de l’univers de Najia Mehadji.
Le texte qui précède l’entretien est le reflet de l’immersion de Peggy Inès Sultan dans le monde pictural de Najia Mehadji. Une immersion de quatre mois, une rencontre exceptionnelle entre deux générosités, celle de la poète et celle de la peintre que nous vous laissons découvrir. 

   

{tab Détails}

Prix : 18 € TTC/soldé 15€
120 illustration couleurs
mars 2010 - 284 pages

ISBN :  978-2-914467-61-2

{tab edito}


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Ils peuvent brûler leslivres, censurer toute expression libre,

ils n'effaceront pas lamémoire des paroles et des textes.

Martin Beradt[1]

 

 

Créer une maison d'éditionex-nihilo, quelle est cette folie ? Bien sûr, d'autres que nous ont étéatteints de cette maladie, en tous temps. Mais c'est de nous qu'il s'agit, ici.Nous des femmes méditerranéennes avec nos passions et d'abord celle de lalittérature. La Lettre. Cette alliance. Cette demeure. Ce continent. Cettedéraison, réalité et illusion. Ceci qui passe de l'ancrage tangible à lavolatilité. Du concret à l'imaginaire. La littérature, montagne forêt ciel merhorizon... Avoir ce privilège là d'être au cœur - dans le cœur ? - du conte,du verbe, de la surprise, du monde vrai, faux, onirique, travesti et, pourtant,prenant le réel de toutes parts comme une embarcation prendrait l'eau. Et puis,la découverte incessante, de l'écrivain, du personnage, des personnages. Etre danscette intranquillité permanente pour ceux qu'on n'a pas pu lire, pour ceux qu'onne lira pas, pour ceux qu'on a lus. Pour tous ces gens fictifs, existants ouayant existé qui dorment de leur sommeil de papier dans les manuscrits quis'empilent. Et nos cœurs chavirés devant l'ampleur. Et toutes, toutes, qui ontécrit, réécrit, relu, corrigé, recorrigé, balancé leur va-tout, qui attendent,appellent, apostrophent, exigent, prient... un signe, un mot, des mots. Ces motsqu'on ne peut pas dire, qu'on n'a pas le temps, qu'on dit enfin...

 

Créer une maison d'édition, oui, quelleest cette folie ? Avec nos vies entre les textes. Avec nos vies entre lesrives. Nos passages d'un lieu l'autre, nos fardeaux, nos sauve-qui-peut, nosconsciences itinérantes, nos cœurs vagabonds. Nous voulions le large etl'ailleurs, nous voulions l'ici et le là-bas, le déplacement buissonnier, lapensée en errance. Pas d'espace assigné mais être dedans et dehors, être dans cetentre-deux, cet entre-lieux, être chez-soi et hors chez-soi, embrassantd'une même envie l'un et l'autre. Nous voulions une passerelle, un pont, unviaduc, une arche, un brise-lames... entre les terres, au-dessus de laMéditerranée. Nous voulions le hors champ, le hors langue et côtoyer les exilsdes transfuges qui traversent les territoires de la langue...

 

Mais quelle est donc cetteaudace ? Comment construire un tel rêve ? Le matérialiser, le fairevivre dans la durée ? Sans moyens, sans d'autres moyens que la certituded'y croire. Et le rêve s'est écrit, s'écrit encore... Comment s'est mobilisée,transformée cette fragilité fondamentale des sans argent à laquelle peuauraient donné crédit ? Dont peu auraient assuré le cours ? Uneaudace qui, aujourd'hui, a dix ans ! Janvier 2000 une idée prend la formed'une création officielle, mars 2000 le premier numéro d'Etoiles d'Encreest au Salon du Livre de Paris. Cette Outre mère bleue où naviguent lesmères de la Méditerranée du Nord et du Sud. Plus que d'autres, ce numéro fut unsigne, il eut un succès immédiat malgré ses imperfections techniques. En mars2001 notre premier roman paraît avec la création d'une collection. Puis deux,trois collections et Etoiles d'Encre qui continue d'accueillir la libreexpression du rêve des autres, de la mémoire et de l'art des autres. Nous avonsforgé nos convictions dans cet intervalle étroit où nos enthousiasmes, notreténacité, notre travail négociaient leur place avec la faiblesse de nos moyens.Nous avons forgé nos dix ans sur ce tremblé de l'aventure dans un univers oùrien n'est donné, pardonné, assuré mais où nous avons, néanmoins, tracé deschemins, parcouru des distances, franchi des portes, souvent sous l'orage, sansque jamais nos songes et nos idées n'en soient obscurcis.

 

Notre démarche, celle qui nous amenées à ces dix ans, nous entraîne sans cesse à pousser les frontières, àdébusquer des écritures, des talents. Il n'y a pas d'achèvement à la découverte,à l'étonnement, à l'émotion, dans ce métier là. La quête est incessante. Ellenous a conduites, dans ce numéro, jusqu'à l'œuvre magistrale de Najia Mehadjiet aux répons de Peggy Sultan, à des textes aussi beaux que A lovesupreme que nous livre Karima Berger ou La petite dame aux fleurs sibellement douloureux de Marie Malaspina. Comment les citer tous ? Ils sontà découvrir, ici, comme doivent l'être nos derniers livres : « Liensde sang » de Janine Teisson, « Et la lumière en ces jardins » deCatherine Rossi, deux romans, deux sensibilités indicibles dont les mots, delongtemps ne nous quittent, ou encore cette belle correspondance entreDominique Godfard et Christiane Aguiar : « Vous vieillissez ? Nous aussi... »où se côtoient l'humour et l'élégance de deux dames de l'écriture. Et encore,ce livre de notre temps, de maintenant, ici, au titre qui s'épelle comme unesentence, burqa, cet enfermement que Wassyla Tamzali et Claude Berdéclinent chacune selon sa sensibilité ; et d'autres, d'autres...

 

Nossonges, nos idées c'est d'être présentes parmi le peuple des passeurs. Lespasseurs de gestes et de paroles cosmopolites, d'identités plurielles, femmeset hommes confondus. Nos songes, nos idées c'est d'être ce lieu de présencesmultiples alors même et surtout parce qu'elles sont tragiquement absentes dessociétés qui se veulent closes, monolithiques, endogames, mais qui pourtant nepeuvent jamais l'être tout à fait ; nos songes nos idées c'est la conscience,la volonté, le désir, d'être au carrefour du féminin-masculin car nous nevoulons pas des silences sur les meurtrissures des femmes.

 

Alors, la vie vibrante d'uneédition de femmes peut être cette alerte opiniâtre qui se glisse dans les pagesdes livres ; pour sortir de soi, s'arrêter un peu, changer peut-être depoint de vue, ouvrir une brèche qui laisse passer sous la poésie, des vents deliberté, un espace où se transforment, se brisent les distances entre lesfemmes et les hommes, entre l'étranger et l'indigène, ... Un lien dans lelien : une édition pour allier l'écriture et le passage des seuils.

 

 

Behja Traversac

 



[1] Martin Beradt, écrivain,cité par Nicole Lapierre dans Pensons ailleurs, Stock, 2004, p. 24

{tab édito M. Bey}

 

Des mots et des rêves

 

Montpellier.2000. Trois femmes mettent en commun leurs rêves... Sans autre désir que celui de donner la parole aux mots, les « mots dits, mots tus » pour reprendre le thèmede l'une de nos revues... et par là de briser la conjuration du silence, dessilences. Parce que les rêves... surtout les rêves de femmes ! Dangereux, lesrêves ! Impossibles à bâillonner ! Même sous l'étouffoir des tyrannies les plus féroces !

Mais commençons donc par le commencement. C'est l'histoire d'une amitié. D'abord.

J'auraispu commencer comme cela. « C'est l'histoire de trois femmes que rien ne prédestinait à se rencontrer... » Mais justement, en essayant simplement derevenir sur notre histoire, je me suis rendue compte que tout, oui, tout nous prédisposait à nous rencontrer et surtout à aller à la rencontre d'autre sfemmes.

Depuis toutes petites... comment pourrait-on dire ça ? Mais est-ce vrai ? Bien sûr, on peut le dire maintenant. Puisque la revue « Etoiles d'encre », est là, puisque les mots, les nôtres, les vôtres, sont là. Et voilà. L'essentiel, les mots. E tles questions. Toutes les questions auxquelles depuis toutes petites... voyez,j'y reviens !

Mai sremontons le temps...

Loin,très loin, dans un village, sur la rive Sud (il fallait que ce mot soit dit ;là, c'est fait..., pourquoi ? parce qu'il est tout de soleil et de chaleur,n'est-ce pas ?) de la Méditerranée, vivait une fillette dont le prénom à lui seul rayonnait déjà. Avec des rêves plein la tête. C'est une fillette qu iécoute, observe, se nourrit de mots, même de ceux qu'on ne lui apprend pas.Peut-être aurais-je dû écrire surtout de ceux qu'on ne veut pas lui apprendre...Mais qui, avec une intuition précoce aiguisée par le soleil et les silencessait déjà. Oui, cette fillette sait déjà que les mots des hommes n'appartiennent pas qu'aux hommes. Une fillette qui, parce que sa mère en est le vivant exemple, parce que qu'un père juste et droit lui ouvre le chemin, apprend peu à peu que le savoir peut forcer les portes et délier les liens. Et qui s'obstine, oui... aller loin, franchir les frontières, plus loin encore, jusqu'au bout de cet horizon si vaste, si lumineux que l'on veut dérober à toutes celles que le destin a fait naître femmes...

Pendant ce même temps, une autre fillette, patiemment elle aussi, silencieusement, s'acharne à déjouer les pièges de ce même destin qui vient parfois frapper aux portes et fracasser des vies. Comment ? Comment conjurer la peur, toutes les peurs ? Comment subvertir une réalité trop souvent intolérable ? Comment la rendre plus acceptable, plus vivable ? Parce qu'autour d'elle il n'y a que l aguerre, la violence, l'absence et les silences. Où est le refuge ? C'est alorsqu'elle s'est accrochée de toutes ses forces aux mots. Parce que, elle l'apprendra très vite, derrière les murs les plus hauts, dans les prisons lesmieux gardées, ce sont les mots qui ouvrent des brèches, parviennent à débusquer les mensonges, à éclairer, ou plus exactement à forcer les consciences.

Et maintenant, enjambons la mer ! Voici la troisième. Imaginez une petite fille vivant en Normandie. Des rêves plein la tête elle aussi. Dévoreuse de mots, dévoreuse de livres. L'Afrique, disait-elle. Pourquoi l'Afrique ? Le Sud ? À cause du soleil ? De la chaleur ? Encore? Non, pas seulement. Parce que là-bas, elle le savait,  des hommes se battaient pour conjurer le malheur et alléger la détresse et la misère de ceux qui souffrent. Des hommes dont le combat trouvait un écho auprès de cette fillette, confrontée elle aussi au silence, mais très vite engagée, déjà dressée contre les injustices et laviolence, toutes les formes de violence, et qui prêtait une attention aiguë etparfois douloureuse aux autres, à la souffrance des autres. Un peu comme sielle avait la prescience de ce que serait sa vie à l'heure des choix.

Car c'est terrible, ce pouvoir qu'ont certains mots, vous n'avez pas remarqué ? Si, si, j'en suis sûre ! Dressez donc l'inventaire de ces mots qui un jour ont croisé votre route... des mots qui se sont logés dans un coin et s'y sont incrustés. Comme une provision d'ailleurs et de possibles pas même entrevus mais qui font des trouées de lumière dans la grisaille des jours, et délivrent......

Mais...attendez la suite...

D'abord quatre, puis trois, puis de nouveau quatre parce qu'est venu le temps pour Edith de nous rejoindre... quatre femmes, et enfin toutes les autres...

Il arrive qu'un jour, fatalement, les routes se croisent... Destin ? Mektoub, dirons-nous plutôt. C'était écrit. Cela nous va très bien...

Behja, de Maghnia à Oujda, à Oran, puis Alger et enfin à Montpellier. Maïssa, de Boghari à Ténès, puis à Alger et enfin à Sidi-Bel-Abbès... Marie-Noël, de Falaiseà Flavy-le-Martel, Reims, Montpellier, Giromagny jusqu'à Sidi-Bel-Abbès en repassant par Montpellier. Maïssa, de Boghari à Ténès, puis à Alger et enfin à Sidi-Bel-Abbès... Et puis Edith, de Viviers à Lyon puis Alger, Djelfa, Tiaret, Médéa puis à Sidi-Bel-Abbès et enfin à Montpellier.

Et,voici qu'un soir de l'an 2000, à Montpellier... mais vous connaissez déjà l'histoire, nous vous l'avons déjà racontée...

Et nous voilà avec vous, depuis dix ans... mais sans aucun doute depuis bien plus longtemps que cela. Parce nous en avons aujourd'hui la certitude. Vous toutes qui nous avez rejointes, soutenues, qui avez partagé, qui partagez avec nous «le sel » comme l'on dit ici pour désigner nos hôte (esse) s - celles qu'on accueille chez nous, mais aussi celles qui nous reçoivent dans leur demeure de mots - vous toutes avez été des fillettes à la tête farcie de rêves, de désirset de mots, les mêmes sans doute que ceux qui nous font vibrer...

Et tiens, si on jouait à ça ? Le jeu des mots ? Pour retrouver les parfums de l'enfance.

Que lest votre mot préféré ? Je ne serai pas surprise de vous entendre prononcer l'un de ceux qui me viennent aussitôt à l'esprit... alors, soyons nombreuses à les dire ! Toujours et partout...

Maïssa Bey

 

 {tab édito de M-N. Arras}

À vous toutes et tous quiouvrez ce numéro d'étoiles d'encre,

C'est ainsi que j'intitulaisla page qui commençait la revue du numéro un au numéro treize, le spécial Algérie.

Aujourd'hui, au lendemain deces 10 ans d'existence, je voudrais vous faire partager mon émotion. Lanaissance de notre maison d'édition s'est passée comme toutes les naissances,profondément inscrite dans la vie, joie et souffrance mêlées.

Entre la naissance deséditions et ce numéro sur la célébration, un lien nous rattache à l'Algérie :une fleur de grenadier.

Aux origines un livre qui commence ainsi : « ... Voilà, je voulais t'écrire une histoire qui sorte de mon cœur comme une fleur de grenadier, une histoire de ton Algérie que tu as semé dans mon ventre comme une goutte de lune. » C'est une Parisienne, Dominique LeBoucher, qui écrivait cela. Nous ne la connaissions pas mais Maïssa, Behja etmoi, qui, à cette époque si douloureuse pour l'Algérie, faisions tout pour en parler autrement, avons reçu cette phrase comme un appel. Et aujourd'hui, un eautre Parisienne d'Essaouira nous offre pour la couverture cette fleur de grenadier.

Dominique avec qui nous avons créé cette maison d'édition est partie volontairement vers d'autres horizons.

Edith Hadri nous a rejointes pour faire le quatrième mousquetaire !

En 10 ans, de mères que nous étions, nous sommes toutes quatre devenues grand-mères mais notre passion etnotre enthousiasme n'ont pas faibli. Qu'il y ait ou non une écriture féminine,les textes de femmes partent de l'intime et les thèmes des revues comme lesthèmes des livres publiés le prouvent. Nous, les fondatrices, tout au long de ces 10 ans, nous vous avons livré nos rapports à la mère, au père, à la fratrie, à nos amours et en retour nous avons découvert ceux de toutes les auteures qui nous ont livré les leurs. C'est donc un fil très fort qui nous relie.

Aujourd'hui pour célébrer cet anniversaire je voudrais me rappeler...

Me rappeler de toi mon père à qui j'ai dédié la lecture célébrant la naissance des éditions ce jour où tuvenais de nous quitter et me souvenir du texte que nous avons écrit mes sœurs et moi « Mère en fragments » après ce premier Noël sans toi,

me rappeler de toutes celles et ceux qui nous ont touchées au point de leur dédicacer un numéro, les femmesd'Afghanistan, les femmes de Palestine, Sohane, Mohamed Dib, Jean Pélégri - ces deux écrivains nous ont félicité dès le premier numéro d'étoiles d'encre saluant la qualité de la revue 1 - Martine Villeneuve, Mahmoud Darwich etGermaine Tillion - Roby Bois, disparu à son tour ce 24 décembre 2009, lui avaitrendu hommage dans les pages d'étoiles d'encre ,

me rappeler de tous vos textes comme autant de confidences...

me rappeler des rencontres et des liens tissés avec les femmes, auteures de la revue et de notre maison d'éditions, trop nombreuses pour être toutes citées. Certaines, comme Leïla Sebbar sont avec nous depuis le premier numéro, d'autres nous ont rejointes très vite et forment jusqu'à ce jour l'équipe parisienne sur laquelle nous pouvons toujours compter : Dominique Godfard, Sigrid Crohem, Catherine Rossi,Cécile Oumhani, Geneviève Laurent Fabre, puis Mita Vostok, Karima Berger, Peggy Inès sultan et Michèle Wilisch grâce à qui j'ai écrit « Entière », le livre surla réparation de l'excision et celle de Montpellier avec Marie-Lydie Joffre et Jocelyne Carmichael,

me rappeler des femmes de l'association Paroles et Ecriture qui ont porté la revue en Algérie dès sa parution avec des lectures des rencontres et en leur aide pour le salon d'Alger. Khalida Taleb la vice-présidente aide jusqu'à ce jour à la correction,

me rappeler des ami(e)s avec qui nous avons fondé l'association des Revues Plurielles, revues engagées surle terrain de l'intégration et de la diversité culturelle. Ils ont su, au delàde leurs singularités, créer un réseau solidaire et amical grâce à André Chabin d'Ent'Revues.

me rappeler essentiellement tout le chemin parcouru avec mes amies et collaboratrices avant même la création des éditions, Behja Traversac et Maïssa Bey.

Enfin, je voudrais dédicacer personnellement ce texte à René-Paul Traversac pour son aide permanente et précieuse,

à ma famille, Kouider et nos enfants qui savent mieux que quiconque ce que ces dix ans d'existence veulent dire..., à ma mère « Thérèse » qui a toujours cru en moi et en nos éditions et enfin à celle qui à ce jour représente pour moi la vie dans ce qu'elle a de plus merveilleux, Elisa-Nedjma qui attend avec impatience la naissance de sa petite sœur.

Car Etoiles d'encre et les éditions Chèvre-feuille étoilée sont depuis 10 ans indissociablement liées à lavie. 

Marie-Noël Arras

{tab entretien de P. Sultan avec N. Mehadji}  

 

Rencontre entre Peggy Inès Sultan et Najia Mehadji

 

Peggy Inès Sultan : Najia, tu partages ta vie entreEssaouira et Paris, est-ce une façon de mieux assumer ta double identité, mèrefrançaise chrétienne, père musulman marocain, ou est-ce davantage un besoin,une nécessité imposée par ton travail en peinture ? T'es-tu jamais sentie « enexil » dans l'un ou l'autre pays ou est-ce un sentiment qui t'est étranger ?

 

Najia Mehadji : J'ai commencé à exposer au début desannées 80 tant au Maroc qu'en France et, depuis une vingtaine d'années, je visentre Paris et Essaouira, avec Pascal Amel 1 (qui s'est très tôt investi auMaroc : il a créé, entre autres, en 1998, le premier Festival de la culture des Gnaoua, à Essaouira). Pour moi, l'exil ce serait de ne plus pouvoir peindre.L'art est mon « territoire » privilégié. En 1990, j'ai vécu un moment difficile, mon atelier parisien a brûlé dans un incendie, mais j'ai continué à peindre n'importe où : dans un hôpital désaffecté, l'été dans un préau d'école,puis dans différents ateliers à Paris et au Maroc, etc.

 

P. S. : Il y a une grande cohésion dans ton parcours quin'exclut pas l'audace de plusieurs ruptures, mais cette percée fulgurante de laSuite Goyesque, coulée et voilée au sein de corolles chromatiques ardentes, m'atout l'air d'un engagement plus radical, avec la « figuration » virtuelle, dansnotre univers de désastres !

 

N. M. : Je pense qu'il y a toujours engagement chez l'artiste,mais il est vrai que, depuis le début des années 90, la fissure entre le monde arabe et l'Occident, s'est approfondie, d'abord avec la guerre du Golfe puis,dans la foulée, avec les horreurs commises en Bosnie lors de « l'épuration ethnique » contre les musulmans, en Europe, à nos frontières, quasiment sous nos yeux ! Dès 1993, devant la destruction du patrimoine bosniaque, j'ai décidéde faire des dessins et des peintures sur le thème de la coupole, à partir dephotos que j'avais prises de l'Alhambra à Grenade, mais aussi à partir d'autrescoupoles de par le monde, provenant de cultures ou de religions diverses.

 

P. S. : Je pense aux coupoles des monastères grecs... despremières églises coptes... la basilique...

 

N. M. : Oui, entre autres, puis, en 1997, alors que j'étais auMaroc à l'Institut Français de Tétouan pour réaliser un livre de gravures et depoèmes sur le thème du Végétal, le drame bosniaque s'est intensifié. Un matin,dans un café, je vois à la télévision ce qui se passe à Srebrenica : des hommes qu'on sépare des femmes pour aller les massacrer ! Ces images venaient d'unautre âge et personne dès lors n'a pu empêcher ce génocide perpétré, pour ainsidire, devant les caméras ! Un véritable choc, et il m'a fallu dix ans pour quecela s'exprime enfin dans mon travail. Lorsque j'ai commencé à réaliser les œuvres numériques à partir des gravures de Goya, Les Désastres de la Guerre, toute cette abomination est ressortie et j'ai inséré, dans une de ces images, unescène de viol qui avait été, ni plus ni moins, une des stratégies de guerre orchestrées par les Serbes ! J'avais d'ailleurs assisté à Paris, quelques années auparavant, à une manifestation de femmes contre ces viols, mais aucune personnalité politique ne s'était déplacée et peu d'échos dans les médias,c'était pourtant une manifestation immense.

 

P. S. : Le viol des femmes bosniaques par « inoculation ethnique», si j'ose dire, un énorme refoulement... Tes War Flowers, comme un hommage auxvictimes de cette catastrophe... des catastrophes qui ne cessent de semultiplier, oui, la morbidité et l'indifférence, données en pâture à nos yeux...mais, par bonheur, ce n'est pas le même regard que tu soulèves chez lespectateur, ton alchimie nous donne envie de ne voir l'horreur... qu'en peinture! Qu'est-ce qui a motivé ton choix de la Tauromachie, à la fois ballet,provocation et affrontement entre l'homme et la bête... ?

 

N. M. : Quand je me suis intéressée aux gravures que Goya a faites sur la Tauromachie, je me suis aperçue que les sept premières gravures concernaient des Maures qui toréaient en Andalousie. Goya a trouvé cela dans un livre du xviie siècle d'un certain Moratine qui a écrit sur l'origine de laTauromachie où il soutient que celle-ci est arabe, arabo-berbère... et que ce sont des Maures qui ont toréé les premiers en Andalousie, avant que lacodification « moderne » de la corrida ne s'effectue réellement. Goya s'en estinspiré pour faire les toutes premières gravures de sa série et j'ai eu envie de mettre cette part de l'Andalousie en avant...

 

P. S. : J'y vois encore une mise à mort... ce corps à corps troublant, cette valse d'individus qui s'étripent... une cohésion atroce.

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N. M. : Il y a d'autant plus cohésion que Goya a fait la sériedes gravures sur la Tauromachie après Les Désastres de la guerre... Mais en fait,pour moi, le taureau, c'est Goya, c'est un peu l'artiste avec sa pulsion.

 

P. S. : Quelle vigueur ce désir qui exalte ce qui le tourmente et fustige ce qu'il condamne...

 

N. M. : Goya est devenu sourd à quarante-six ans à la suite d'une méningite et a dû vivre avec cette infirmité durant de longues années :ça a dû être d'une grande violence pour lui, la surdité, et une solitude terrible...Pour moi le Taureau c'est lui, dans l'enfermement de sa création et dans l'affrontement avec l'extérieur, qui demande une certaine, je ne dirai pas violence, parce qu'il n'y a pas, à proprement parler, de violence dans letravail de l'art, mais exigence extrême envers soi-même. Parfois il faut aller chercher loin certaines choses...

 

P. S. : Il y a arrachement, malgré tout.

 

N. M. : Oui, bien sûr, il y a un certain arrachement à la vie etbeaucoup de temps passé à travailler seul pour créer, avec la conscience aussid'être en marge, un peu comme le taureau dans l'arène..

 

P. S. : Il y a lutte...

 

N. M. : Il y a lutte aussi pour la reconnaissance, pour lavisibilité d'un tel travail. Il y a toujours cette coupure totale entrel'artiste dans son atelier et la façon dont les gens le perçoivent, à travers,par exemple, les mondanités, et cela s'applique encore plus aux femmes... Ellesont beaucoup plus tendance à se cantonner dans leur atelier : elles font corps avec le lieu et tout l'investissement que nécessite le social, assister à des vernissages, rencontrer des gens, faire des démarches, etc., elles le mettent souvent de côté.

 

P. S. : Se faire connaître, vendre son travail sans complexes...oser prendre une autre place, quitter le confinement du privé où elles entretiennent le « mental furniture » (Virginia Woolf 2), le « mobilier »mental, l'intérieur domestiqué...

 

N. M. : Oui, vendre son travail pour un peintre est compliqué, c'est pour cela que les marchands existent !

 

P. S. : Et puis aussi se confronter au monde masculin qui domine le marché de l'art, non ?

 

N. M. : Absolument, c'est plus difficile pour elles....

 

P. S. : Mais alors comment t'en sors-tu de cette confrontation qui répugne à certaines femmes ?

 

N. M. : Eh bien ce n'est pas évident... toi quand tu écris et quetu publies, tu n'as personne en face de toi qui lit ton livre, tu es seule avectoi-même... lorsqu'un artiste expose, le soir du vernissage, il est parmi ses œuvres et les gens regardent ces œuvres et lui disent : « Voilà, ça me plaît,ça ne me plaît pas... ».

 

P. S. : Oui, dans ton cas, les réactions sont immédiates... Pas de distance, une autre « temporalité »... Le visuel est d'emblée absorbé même s'iln'est pas, dans un premier temps, compris.

 

N. M. : Une œuvre nécessite tellement de temps à être vue que personne ne peut découvrir ce qui est au mur, à la va-vite... Tu sais, il ne suffit pas de regarder pour voir !

 {tab oeuvres} 

 

 ©Najia Mehadjiarborescence032.jpg  ©Najia Mehadjia-love-supreme-nm.jpg ©Najia Mehadji jours-blancs-nm.jpg  
©Danièle Aguenier mater1.jpg  ©Ruth Zilkhafleur-ruth.jpg ©Sebastien Pignon   paysage-sp.jpg  

 

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